Ph.Hameau 2010 Peintures et gravures schématiques à la Bergerie des Maigres la longue tradition graphique , paru dans la collection ERAUL, n°122, Université de Liège, 106p.

Schematic paintings and engravings in the "Bergerie des Maigres" (thin's sheepfold) the long  graphic tradition.

avec les collaborations de Jacqueline Argant, Robert Biancotti, Jean-Joseph Blanc, Marc Borréani, Jean-Pierre Bourhis, Claude Bouville, Jacques Elie Brochier, Cyrille Chopin, Lionel Gourichon, Claude Masset, Michel Menu, Christophe Reynaud et Stéphanie Thiébault.

On appelle Bergerie des Maigres un grand entablement rocheux appartenant à la plus haute surface du massif d'Agnis (sud du département du Var, France), orné de peintures et de gravures, contre lequel a été bâti tardivement un ensemble de locaux à vocation agricole et pastorale. Les figures peintes appartiennent au corps schématique du Néolithique et sont datables du IIIe millénaire av. J.C. par comparaison avec l'essentiel du matériel céramique et lithique mis au jour dans le remplissage du site. Les figures gravées correspondent à l'expression linéaire attribuée à l'époque historique au sens large. Peintures, gravures et mobilier font l'objet d'une analyse interne qui s'efforce d'exprimer les relations qu'entretiennent entre elles ces trois catégories de vestiges.

Le site est d'abord envisagé dans ses propriétés physiques et son insertion dans un paysage minéral exceptionnel qui justifient son choix et son emplacement. Il est sélectionné parce que la vue embrasse un large territoire depuis le sommet du rocher, parce qu'il ouvre au sud, qu'il a des parois naturellement ocrées et qu'il est périodiquement soumis à des ruissellements. Il s'ouvre dans un univers de rochers et de barres rocheuses qu'il faut escalader ou contourner. Il offre donc un cadre particulier pour le déroulement de pratiques autour de l'acte pictural.

Ces activités sont supposées à partir de l'étude du mobilier. La transformation d'une partie de l'industrie lithique et le façonnage des armatures de flèche sont assurés sur le site, le tout selon un savoir-faire souvent approximatif. La céramique exclut tout récipient encombrant et stationnement prolongé. La représentativité de la faune, essentiellement domestique, pourrait traduire des activités rituelles. Les restes humains ne correspondent pas à une sépulture. Enfin, une partie de ce mobilier a subi une chauffe excessive sans que l'on ait pu trouver trace du moindre charbon de bois.

Les peintures qui subsistent et qui sont sans doute réalisées avec une argile ocrée locale, présentent une version assez "réaliste" du personnage et du quadrupède. Ces figures d'êtres vivants sont parfois doublées comme c'est souvent le cas dans l'expression graphique du Néolithique mais sans l'association classique à des signes d'accompagnement. Les différences de taille, de sens de lecture ou la présence d'attribut sur l'une des figures permettent tout de même de retrouver la thématique récurrente du "doublement imparfait".

En reliant les singularités du cadre géographique proche et lointain au constat d'un mobilier dénotant souvent des activités inhabituelles et à la figuration de deux mêmes êtres sous des formes différentes, l'hypothèse proposée est celle d'un lieu de pratiques apparentées à des rites de passage. Sur le site s'opèrerait la transformation des hommes et de la matière.

Visité à nouveau pendant la période historique, sans doute au Moyen-Age, le site est réinvesti par la gravure. Le nouveau corpus se conforme aux figures peintes préexistantes, assimilant et complétant celles-ci. Une longue tradition graphique s'opère par le fait que les deux corpus iconographiques correspondent à un même système d'expression des thématiques par juxtaposition et contraction et se répondent ainsi malgré le hiatus chronologique qui les sépare.

With the collaborations of Jacqueline Argant, Robert Biancotti, Jean-Joseph Blanc, Marc Borréani, Jean-Pierre Bourhis, Claude Bouville, Jacques Elie Brochier, Cyrille Chopin, Lionel Gourichon, Claude Masset, Michel Menu, Christophe Reynaud and Stéphanie Thiébault.


The Bergerie des Maigres” is the name of a big rock on the highest surface of Agnis mountain (in the south of the Var district, France, near Toulon), which is decorated by paintings and engravings. Several agricultural and pastoral buildings have been recently built against this rock. Paintings belong to the Neolithic schematic corpus and are assigned to the IIIrd millennium B.C. by comparison with the ceramic and lithic material discovered in the sediments of the site. Engravings correspond to the lineal graphic expression that we attribute to the historic period amply speaking. Paintings, engravings and archaeological material are the subject of an internal analysis and we try to express the relations between these three categories of relics.

First, the site is considered in its physical properties and its insertion in an exceptional mineral landscape which justifies its choice and its location. It is selected because we can observe a large territory from the top of the rock, because it opens on to the south, because its walls are naturally orange and it is periodically subjected by streaming. It is enclosed in a universe of rocks and cliffs that we must climb or get round. It offers a particular context for the development of practices around the graphic act.

We suppose these activities from the analysis of material. The transformation of a part of lithic industry and the shaping of arrow-heads are realized on the site in an often approximate know-how. We have no cluttering ceramic containers and suppose a short frequenting of the site. The fauna is essentially domestic and could have to express ritual activities. The human rests do not correspond to a burial place. Last, a part of this material has suffered an excessive combustion but we have discovered no trace of charcoal.  

Paintings which are still visible are certainly realized with a local ochre-clay. They are drawn in a rather realist version of the male figure and the quadruped. These living beings are sometimes doubled as we often observe it in the schematic graphic expression of Neolithic Age but we have not the classical association of the anthropomorphic or animal figure with the accompaniment sign. The differences of height, of reading direction or the presence of an attribute on one of the figures are arguments to express the recurrent themes of the "imperfect doubling".

In linking up the singularities of the near or distant geographic context with the material which often indicates unusual activities and with the representation of two same living beings in two different forms, we propose to consider the site as the place of practices similar to transition rites. The transformation of man, animal and matter could have taken place on the painted shelter,   

The site is frequented during the historic period, no doubt in middle Age, and invested by engravings. The new corpus conforms, assimilates and complements the painted figures. A long graphic tradition takes place because the two iconographic corpus correspond to a same expression system. The themes respond by juxtaposition and contraction in spite of the long chronological hiatus between the two periods of ornamentation.